Cet équipement nautique hors du commun a côtoyé pendant près de deux décennies le gigantesque stade Maracaña.

Déchu, démoli, disparu il ne reste que peu de trace de ce colosse aux pieds d’argile qui a permis à des milliers de nageurs de connaitre une expérience nouvelle et inoubliable.

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Historique :

Octobre 1951, le Brésil renoue par la voie suffrage universel avec son ancien dictateur Getùlio Vargas. L’homme a alors 68 ans il s’est fait réélire grâce à un discours populiste se référant aux progrès sociaux réalisés lors de sa longue période au pouvoir. Il ne conçoit pas que la ville d’où il a gouverné le pays puisse perdre son statut de capitale et considère comme irréalistes et dangereux les projets de “nouvelle citée administrative” plus centrée géographiquement qui font alors débat parmi les édiles du pays. Vargas n’a laissé que peu de traces construites de sa mainmise sur le pays entre la révolution de 1930 et 1945 (on lui reconnait la route Rio-Bahia inaugurée en 1939 mais aucun édifice architectural). Novice en la matière il cherche cependant à soutenir un projet emblématique du District Fédéral de Rio. Son attention se porte sur le complexe sportif de l’avenue Maracanã dont l’imposant stade de football, avant même d’être achevé, a accueilli la coupe de monde de la FIFA l’année précédente.

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En février 1952, le Président rencontre l’équipe d’architecte qui a conçu les trois équipements majeurs du complexe. Le stade de football est achevé, le chantier du Gymnase est sur le point de démarrer. Les études sur le stade aquatique sont en cours. L’homme de pouvoir considère que ce projet n’est pas assez ambitieux, il voit une brèche et s’y engouffre en finesse : “ce projet de merde est indigne du peuple de Rio. Les brésiliens méritent le plus incroyable complexe aquatique que l’on puisse concevoir.” Les six Architectes, Miguel Feldman, Waldir Ramos, Raphael Galvão, Oscar Valdetaro, Orlando Azevedo, Antônio Dias Carneiro et Pedro Paulo Bernardes Bastos se consultent. Ils travaillent jour et nuit sur le projet depuis plus de trois ans et viennent de réaliser en un temps record l’un des plus grands stades du monde. Les conditions imposées par le nouveau gouvernement ne leur semble pas acceptables ils en tirent les conséquence et laissent à l’équipe du Maire Joa Carlos Vital le soin de désigner un maitre d’œuvre en charge du nouveau projet.

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Une consultation est organisée très rapidement. L’esquisse proposée par le bureau LLA (Livre Lebre Architectos) est retenue pour son audace par un comité ignorant tout des contraintes techniques à surmonter pour réaliser un tel projet. Le tour de force consiste alors à construire en couverture du bâtiment un bassin contenant plus de 250 000 tonnes d’eau et dont une partie du fond est réalisée en verre.

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Les études démarrent en juillet 1952. Le chantier débute en mars 1953 sans réelle contrainte budgétaire. En juin 1954 les façades achevées sont parées à la hâte des couleurs nationales comme pour laver l’affront du stade de Football voisin qui arbore les couleurs de l’Uruguay à la suite d’un paris incertain sur la “finale” de la coupe du monde de 1950. La première mise en eau est réalisée en juillet. Cela permet au Stade Nautique Municipal de gagner une première compétition : son inauguration précède de quelques semaines celle du gymnase qui accueillera du Championnat du monde de Basket en Septembre 1954. Entre ces deux évènements le bassin supérieur doit être vidé d’urgence et le président Getùlio Vargas se tire une balle dans le cœur sans qu’aucun commentateur sérieux n’y voit de rapport de cause à effet. Vargas était de l’avis unanime plus préoccupé, au moment du geste fatal par les retombées politiques dues au maladroit assassinat de l’un de ses opposants les plus directs. Le conservateur vice président Café Filho assurera l’intérim puis Juscelino Kubitschek, élu en 56, sonnera le glas de Rio en tant que capitale en se lançant dans le construction de Brasilia. L’ambitieuse architecture du Maracanã n’aura pas pesé bien lourd face à l’objectif du nouveau président : “50 ans de progrès en 5 ans”.

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Le Stade Olympique de Natation est achevé fin 54. Après l’échec de la première mise en eau l’étanchéité du bassin supérieur a fait l’objet de minutieuses interventions et la structure en béton Armé réalisée par Construtora Prolar S.A. a été renforcée. L’ouverture au public en janvier 55 se fait dans une relative indifférence. Mais pendant cet été particulièrement chaud à Rio, les classes moyennes découvrent le confort des bassins olympiques à l’ombre et surtout l’incroyable expérience d’une nouvelle forme de natation : la água corrida. Si le bâtiment rapidement surnommé o ventilador pour sa fraicheur et la forme de sa toiture connait un véritable succès populaire, le désintérêt affiché par Kubitschek pour l’ancienne capitale l’empêche d’accueillir des évènements internationaux majeurs. Les démonstrations de ski nautique rendues possible par un ingénieux système de traction attirent les foules.

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L’une des très rares occasions de voir remplies les 40000 places du stade fut l’exhibition en février 1961 reproduisant l’affiche de la finale du 100 mètres nage libre des jeux olympiques de 1960. Le public applaudit ce jour là la victoire du médaillé de bronze Manuel Dos Santos sur l’Austalien Jhon Dewitt et l’Américain Lance Larson qui l’avaient supplanté à Rome.

Le 13 février 1964, un tremblement de terre de 5.4 degrés sur l’échelle de Richter secoue le Mato Grosso du Sud à plus de mille kilomètres de Rio où la secousse n’est qu’à peine ressentie par les sismographes. Quelques heures plus tard, au stade nautique, l’un des panneaux de verre du bassin supérieur se fissure et cède. Les passant incrédules assistent alors à l’évacuation brutale des centaines de tonnes d’eau du bassin.

Quatre des onze nageurs présents dans le bassin sont emportés. Ce drame passe relativement inaperçu dans la presse nationale. Il survient en effet dans dans la periode extrèmement trouble qui mènera Humberto de Alencar Castelo Branco à prendre le pouvoir après le coup d’état militaire du 15 Avril.

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La restauration de ce bâtiment symbole de la “démagogie” du toujours populaire Getùlio Vargas n’est clairement pas une priorité pour la Junte au pouvoir. Le stade reste désaffecté et se dégrade peu à peu. Il aurait servi de centre pour les escadrons de la mort durant les années de plomb. En 1972 la sinistre carcasse du Ventilateur est détruite. Le régime d’ Antônio de Pádua Chagas Freitas tente de faire disparaitre les traces de cet bâtiment unique à la fois symbole du renouveau brésilien pré-Brasilia et lieux des pires exactions de la contre révolution. L’objet futuriste disparait ainsi au propre comme au figuré à quelques mois de la première coupe du monde de natation en 1973. En lieu et place, le projet d’origine que les architectes du stade et du gymnase avaient refusé de remanier en 1954 sera finalement construit.

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Ce bâtiment unique, porteur d’une poésie d’eau et de béton laisse dans la mémoire des anciens l’incroyable sentiment d’avoir volé en nageant la brasse dans un mouvement infini.

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Description :

Le Stade Nautique Municipal est en premier lieu un équipement sportif moderne répondant aux normes internationales basées, pour la natation, sur la charte olympique. La partie intérieure du stade correspond au programme fixé par la ville. En revanche le bassin en toiture est une pure création ne répondant à aucune demande, si ce n’est l’envie du gouvernement de faire sensation avec un projet novateur.

• Le plan d’aménagement du centre sportif de l’avenue Maracanã fait l’objet d’une composition d’ensemble qui donne le premier rôle à l’immense stade de Football. L’implantation du stade en retrait libère un parvis où se développe une sculpturale rampe d’accès qui met en scène le spectacle d’une ville entière (300 000 spectateurs) se rendant au stade. Une seconde rampe est construite de l’autre coté du stade, dans le même axe. Cet axe permet d’installer un semblant de symétrie sur une parcelle en trapèze avec, sur le parvis, à gauche le Gymnase (maracanizo) et à droite le Stade Nautique.

• Le bâtiment étudié s’intègre parfaitement à la composition globale du complexe bien qu’il ait été conçu par une autre équipe. En revanche dans sa forme actuelle le stade nautique participe difficilement à la composition bien qu’il ait été réalisé (des décennies après) selon les plans des architectes en charge de l’ensemble.

• La composition du stade de 1954 ne brille pas par son inventivité : l’attique épouse la forme du bassin d’aqua-running lui même calqué sur une piste d’athlétisme, la forme des tribunes en contrebas ne fait que suivre et prend l’apparence d’une arène dans une double symétrie presque parfaite selon les axes médians.

• Le fonctionnement relève de la simple superposition : Accueil général au rez-de-chaussée puis distribution vers les bassins olympiques ou vers le toit. Les zones techniques, les espaces dédiés aux nageurs et au public sont dédoublés. Des liens visuels existent entre les deux entités dont les activités sont autonomes.

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• Le niveau bas répond au programme d’origine même si l’on peu s’étonner du remplacement de la fausse de plongée par un second bassin de nage à une époque ou le plongeon artistique était un spectacle très prisé. Le choix de deux bassins aurait facilité l’organisation de compétitions locales avec des courses et des matchs de Water polo en simultané. Il a aussi permis l’ouverture d’un bassin au public pendant que le second était utilisé pour l’entrainement des champions locaux.

• Le Niveau Haut est une absolue nouveauté, un cas unique pour l’époque. Un bassin rempli de plus de 14 000 tonnes d’eau est hissé sur le toit. Sa forme est celle d’une piste d’un genre nouveau : deux cercles tangents reliés dans un vaste mouvement oblong. Le grand tour mesure 400m à l’instar d’une piste d’athlétisme chaque cercle mesure 200 mètres. Pour parcourir l’équivalent d’un grand tour dans les bassins olympiques en contrebas il faut aligner 8 longueurs. Les trois pistes (deux petites une grande) sont utilisées sans interférence. Les lignes flottantes séparant les larges couloirs sont conçues pour supporter les nageurs au repos. Le public est accueilli sur des tribunes placées au centre de chacune des deux pistes circulaires. Il observe le ballet de nageurs et les démonstrations de ski nautiques qui ont lieu chaque samedi grâce à un ingénieux système de traction mécanique dont la fiabilité s’est révélée relative.

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• Reste à évoquer l’exploit constructif qui sera à l’origine du désastre que l’on sait. L’age d’or du béton précontraint permet toute les audaces. Des porteurs élancés se rejoignent pour former les deux coupoles ouvertes et surbaissées évoquant fortuitement l’image d’un ventilateur. Sans renier une manière quelque peu brutaliste en phase avec leur époque les concepteurs ont cherché à alléger la puissante structure en masquant les contreventements dans la double peau technique en périphérie et en affinant le profil des porteurs de sorte à les faire paraitre moins large. Les escaliers situés sous le bassin, de part leur relative finesse, jouent pleinement le rôle de faire valoir plastique pour cette extraordinaire ouvrage d’art.

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En définitive le point faible s’avèrera être la partie transparente de la sous-face du bassin. Cette dernière était sensée permettre aux nageurs de ressentir une sensation de vide et produire sur la façade un effet irisé spectaculaire. Cependant aucun des documents retrouvés ne montre cet effet.

Le mythique stade nautique du Maracana construit dans les années cinquante à Rio est à l’origine d’une pratique nouvelle : le running aquatique.

Architecte :  LLA 1952

Maîtrise d’ouvrage :  Ville de Rio

Site :  Rio de Janeiro (Brésil)

Programme :  Stade nautique fictionnel

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Cher ami, je profite de la fraicheur de cette morne soirée pour te faire récit d’une journée au cours de laquelle je me suis enfin laissée étonner par cette ville trop moderne.[…] L’après midi touchait à sa fin lorsque notre petit groupe décida de quitter l’Hôtel où l’ennui devenait mortel pour se rendre dans un mystérieux endroit que les gens d’ici appellent “o Ventilador”. Il s’agit en réalité d’un établissement de bains démesuré à l’allure sinistre malgré ses couleurs bariolées. On y pénètre par de petites portes et avec appréhension comme dans une maison hantée de fête foraine. Nous y vîmes tout d’abord un vaste volume ombragé et quelque peu austère où les deux bassins de nage semblent minuscules devant l’incroyable quantité de gradin qui les entoure. En levant les yeux je poussais un cri stupéfaite : deux voutes de plus de 20 mètres de large avec des armatures rayonnantes projetaient de terrifiantes toiles d’araignées sur notre petite troupe. Paul me conjura de ne pas m’inquiéter “pour du fil de soie c’est du solide!” me dit il . Il affirma ensuite que cela ne ressemblait pas à une toile d’araignée mais à un ventilateur_ je dois t’avouer qu’il ne m’a pas convaincue. Un ascenseur nous a conduit au plus près de cette effroyable structure. Nous avons gravi le dernier étage à pied suivant un parcours vertigineux. (As tu bien reçu la Photographie? Ne trouves tu pas que d’ici la vue sur ces bassins déserts est saisissante?). C’est en arrivant sur le toit que je compris pourquoi Paul tenait tellement à nous faire connaitre ce lieu : imagines ma surprise en découvrant à plus de 30 mètres de haut une piscine telle que nous ne pourrions même pas l’imaginer dans notre vieux continent! Nous étions brusquement sur une ile! Un bassin circulaire entourait la tribune où nous avions pris place, des nageurs glissaient sans cesse devant nos yeux. Ils rejoignaient parfois une autre boucle dans un mouvement captivant qui semblait suspendu au dessus de cette ville qui pour la première fois me semblait amusante. J’espère que cette aventure me donnera assez de bonne humeur pour apprécier demain la visite d’une statue rigide avec les bras en croix qui semble nous épier depuis une montagne voisine […]